Amalgame

« Mais… es-tu adoptée ? »

Puisque c’est mon premier article (à vie !), je vais un peu expliquer mon background. Mes parents sont d’origine chinoise, nés au Vietnam. À la maison, je parle cantonais, avec ma famille, qui eux, se parlent en vietnamien. Avec mes cousins, je parle français, puis j’écoutais la télé en anglais. Je suis allée à une école primaire à vocation musicale, et là, je pouvais compter les élèves issus de parents immigrants sur mes deux mains, gros max. J’ai donc grandi avec des amies québécoises. Le dimanche, j’allais à l’école chinoise, où j’avais des amis asiatiques. Ma vie était en silos. En gros, à l’école, j’étais avec des Québécois, et à l’extérieur, avec des Asiates.

Bon, je commence ? J’aimerais parler des questions qu’on me pose, étant visiblement asiatique. On me demande souvent : « Mais… es-tu adoptée ? ». Alors, je réponds : « Non, non… mes parents sont Chinois ». Faisant partie de la première génération, c’est seulement en grandissant que tu te rends compte que tu dois dealer avec une dualité d’identité. Plus jeune, tu te dis que c’est un compliment quand on te demande ça. « Ça doit surement dire que je fit in ! ». En grandissant, j’ai eu des réflexions sur le sujet. J’me disais « Ok, mais… ça change quoi que je sois adoptée ou non ? Ça veut-tu dire que si je suis adoptée, donc élevée par des Blancs, c’est genre… mieux, parce que je suis plus intégrée ? » Bref, J’ai toujours de la misère à comprendre pourquoi ils me posent cette question-là. Je leur disais : « Qu’est-ce que tu veux vraiment dire ? ». À la fin, la conversation mène souvent à aucun autre sujet et tu t’en vas, en pensant tout bas : « Awkward… ».

Il y a aussi l’autre question bizarre qu’on me pose, et que je pense que si t’es un enfant issu de parents immigrants, c’est sûr que tu te l’es déjà fait poser. Devine c’est laquelle ? Je te laisse 3 secondes pour deviner. 3… 2… 1… « TU VIENS D’OÙ ? ».

« Ben, de Montréal ! » Ok, guys. On SAIT que ce que vous voulez dire c’est : « d’où viennent nos parents ? ». On veut juste que vous réalisiez qu’on est nés dans la même province que vous et qu’à force de nous le faire demander, on trouve que c’est borderline insensible.

Pour ceux qui se disent « Ben là, faut pas charrier ! ». Tout ce que je veux dire, c’est que le problème n’est pas la curiosité. Pour vrai, c’est important de poser des questions, apprendre à connaître les autres et les différences. La curiosité d’autrui est à la base de l’empathie, du respect des autres et de l’amour, même. Le problème c’est de poser la question comme si nous n’étions pas sur le même pied d’égalité. Tout est dans la façon d’aborder le sujet.

Quand t’es plus jeune, tu veux toujours fitter dans le décor, être comme les autres. Plus tu grandis, plus tu apprécies tes différences et tu ne cherches plus à ressembler aux autres. Tu vois ta culture d’un autre angle, et tu valorises les choses que, plus jeune, tu n’appréciais pas. Je crois que c’est important d’être conscient qu’on est un amalgame de deux cultures et qu’il faut en être fiers, car on est vraiment les seuls qui ont la chance de s’identifier en tant que « insérer une ethnie»-Québécois.

Comment tu t’es sentie, lorsqu’on t’a posé l’une de ces deux questions, à toi ? (Parce que je sais que tu te l’es déjà fait demander).

  • Les opinions exprimés dans cet article ne concernent que l’auteur de celui-ci 

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