Amalgame

Je ne sais pas ce que j’avais dans mes yeux quand j’ai acheté mon manteau d’hiver, ou bien peut-être c’est ma silhouette qui a changé. Je me rappelle très bien : quand je l’ai acheté, le manteau m’allait très bien, et maintenant, je ne veux plus le porter. Il faut que maman le change. L’hiver commence déjà, mais il ne fait pas encore très froid, les -20, -30, -40 ne sont pas encore débarqués. Je profite de ce temps pour porter mon manteau d’automne.

Ici, il y a toutes les 4 saisons de l’année : l’été, l’automne, l’hiver et le printemps. Chaque saison, on doit s’habiller différemment. En hiver, on doit rentrer tous les vêtements d’été; et en été, c’est l’inverse.

Tu sais mon fils, dans mon pays d’origine, Haïti, on peut porter les vêtements d’été pendant toute l’année. On n’a pas les 4 saisons. Le froid intense, la neige et le verglas, on ne les connaît pas.

Je me rappelle mon premier hiver, j’étais tellement enthousiasmée de voir la neige. J’ai vu qu’il en avait  partout, même sur les branches des arbres. À la place des feuilles, ce sont des flacons de neige en hiver. Le premier jour, je suis sortie dehors sans manteau ni chaussures d’hiver pour prendre un bain de neige. Je dis « bain de neige », mon fils, parce qu’on a une habitude en Haïti : quand il pleut, on sort dans sa cour ou dans la rue pour se baigner sous la pluie. Moi, je le faisais avec mes petits voisins. On jouait comme des petits anges, on faisait des glissades; on était encore insouciants, et c’était la belle vie. Des fois, nos parents ne voulaient plus qu’on reste trop longtemps, ils criaient après nous et disaient : « Il faut arrêter, sinon la foudre va vous fendre en deux. », et ça n’arrêtait pas nos jeux. J’emprunte cette phrase à Heraclite: « Le monde est un enfant qui joue ».

Mon fils, maman te promet un bain de pluie. On prendra un bon bain de pluie  ensemble, on s’amusera comme je le faisais avec mes voisins.

Je souhaite de bonnes choses à ta vie. Je travaille très dur déjà pour te faire goûter aux meilleures choses et pour te donner tout ce dont je n’ai pas eu la chance d’avoir. On apprendra beaucoup de choses, on fera de beaux voyages et on explorera la vie.

J’espère que tu passeras ta vie là où tu naîtras, et si, un jour, tu voudras quitter ton pays natal, qu’il soit pour une aventure.

Moi, au quotidien, je mène un combat, celui pour m’intégrer mentalement et socialement dans ce pays.

Quand je vois ici la nature, l’architecture, la culture, les mœurs des gens, les saisons et surtout la neige, ma tête cherche des tactiques pour me fondre dans cette société, mais mes yeux et mon coeur ne cessent pas de me dire que je ne suis pas chez moi. Je me sens comme une pépinière arrachée à sa terre. Quelqu’un peut bien laisser le sol de son pays, mais son âme peut continuer à y habiter.

Je souhaite le meilleur à ta vie. L’amour, la bonté et la sagesse de Dieu seront toujours avec toi.

Tu n’oublieras jamais d’aimer ton prochain et de l’aider sans rien attendre de lui.

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