Amalgame

Je ne suis pas raciste, mais…

Du haut de mes 17 ans et de mes 13 années de vie au Québec, j’ai souvent entendu cette phrase. Il faut, tout d’abord, mentionner que ce terme est vraiment péjoratif. Si tu dois insérer « je ne suis pas/je ne veux pas être homophobe/raciste/transphobe » dans une phrase, abstiens-toi. Tu vas probablement sonner xénophobe et être insultant. Je sais que, la plupart du temps, l’intervention n’est pas dans l’intention de blesser, mais elle aura quand même un impact négatif. Après tout, la suite de cette phrase est souvent très stéréotypée (ex. : je ne suis pas raciste, mais c’est vrai que les Noirs sont violents).  C’est un stéréotype, il est impossible de confirmer que tous les Noirs sont violents ; c’est un stéréotype qui fait mal et dont les Noirs subissent encore les conséquences aujourd’hui. La brutalité policière en est un bon exemple. Si l’on inversait le stéréotype et qu’on disait que tous les Blancs sont pédophiles, serait-ce juste ou simplement véridique ? Je ne crois pas. Donc, ce serait vraiment blessant de constamment répéter cette microagression.

J’ai grandi dans une ville majoritairement blanche, Terrebonne. Être la première noire à rentrer chez une famille blanche, je l’ai vécu.  Je ne dirais pas que j’ai grandi dans une ville raciste, mais j’entendais souvent le genre de commentaire comme « Je n’aime pas les Noirs d’habitudes, mais toi, tu es différente. » En réalité, cette phrase veut dire  «  Je ne connais pas vraiment la communauté noire, mais tu ne réponds pas à l’image que ma famille, la société et/ou les médias m’ont enseignée. Je comprends que ce n’est pas évident de se déconstruire ou juste d’effacer les images négatives au fil des années. Par contre, il faut comprendre l’impact des mots.

Au début, ce genre de commentaire me gratifiait : j’étais la noire qui n’était pas comme les autres, j’étais la plus belle noire qu’ils aient jamais vue, j’étais la noire différente.

En grandissant, je me suis rendu compte que ces commentaires étaient l’empreinte de xénophobie ; les gens me disaient ça par manque de connaissance. Je n’en veux pas aux gens qui m’ont glissé ces mots. Tout au contraire, ils m’ont permis de me construire en tant que personne et d’apprendre ce qui était acceptable ou non. Je ne serai plus la petite fille sans défense qui rira pour se voiler la face. Aujourd’hui, je suis la femme qui se lève pour défendre les droits des opprimés. Je suis la femme qui ne se taira plus jamais en entendant la phrase  « Je ne suis pas __________, mais… »

Et toi, comment réagis-tu quand une personne commence sa phrase par  »Je ne suis pas raciste, mais… »?

  • Les opinions exprimés dans ce texte ne concernent que l’auteur de l’article

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