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L’aide financière aux études ne permet pas d’accéder aux études supérieures

Mes parents ont toujours mis l’accent sur l’éducation.  En effet, ma mère, qui était une happy housewife, me disait toujours : « Ne fait pas comme moi, ne cours pas après les garçons ; ils seront toujours là, mais ils ne t’amèneront rien. Le diplôme, lui, te donnera la vraie liberté. » Alors que mon père, lui, me disait : « Concentre-toi sur les maths et les sciences, Sarah. ».

Source : http://hippiewise116.tumblr.com/
Source : http://hippiewise116.tumblr.com/

C’est maintenant que j’ai le diplôme que ma mère ne cesse de me parler des garçons et que mon père ne cesse de m’inventer des spécialités en droit international et science politique. LOL. Bref, mon séjour sur les bancs d’école est loin d’être terminé. Oui, j’aime l’école. J’ai encore soif d’apprentissage et je veux en savoir plus, mais, bien honnêtement, j’ai frappé un mur, cette été. Celui de l’argent. En effet, l’éducation c’est cher, mais, dans mon cas, c’était plus que cher. N’ayant pas la Cote R nécessaire pour entrer en droit à l’UdeM ou McGill, j’ai dû m’isoler à Ottawa, pour l’espace 4 ans. En Ontario, les frais de scolarité varient selon le programme que tu choisis ; les programmes de droit et médecine sont les plus dispendieux. En d’autres mots, je payais quelque chose comme 8000$ par année, et ce sans mon appartement et mes petites dépenses quotidiennes. Étant consciente du coût exorbitant de mes études et du fait que mes parents ne pourraient pas financer celles-ci, j’ai appliqué au programme d’Aide Financière aux Études du Québec.

 

1er obstacle : l’octroi de prêts SEULEMENT.

En effet, n’étudiant pas au Québec, je n’avais droit qu’à des prêts.

 

2ième obstacle : la contribution parentale.

Mon père a un emploi assez bien rémunéré, mais nous sommes une famille de cinq enfants dont quatre d’entre eux effectuaient des études post-secondaires. Malgré cela, le gouvernement jugeait que mes parents pouvaient financer mes études. Tu me niaises ! Mais bon. Je me suis dit que ce n’est pas grave, qu’au moins mes frais de scolarité seraient payés et que, pour le reste, je pourrais travailler comme je l’ai toujours fait. Bruuuuuuhhhh! Travailler et avoir 6 cours de droit en même temps ? Je te laisse deviner les conséquences : mes notes étaient bof. C’est pourquoi j’ai arrêté de travailler à ma deuxième année d’université pour finalement empiler les 70 heures par semaine pendant les vacances pour pouvoir subvenir à mes besoins pour toute l’année. Après quatre ans, j’ai finalement obtenu mes bacs.

Acceptée à l’UdeM dans le programme d’études supérieures en Common Law américaine, j’ai décidé de faire la simulation de calcul de l’AFE pour voir combien j’allais recevoir pour l’année… YES ! 10 000$ de bourse ! Contente que l’AFE était enfin on my side, j’ai fait ma demande en juin 2016, comme à chaque année.

 

3ième obstacle : Demande refusée, limite d’endettement atteinte.

Cette été, le gouvernement me disais « Sarah, calme-toi.  Je sais que tu veux étudier et que tu as des rêves, mais woah, relax ! L’école c’est un luxe que tu ne peux plus te permettre ». Ouais, j’avais atteint la limite d’endettement possible pour les élèves du 2ième cycle.

En fait, pour chaque niveau d’étude que tu entreprends, tu as un nombre de mois d’admissibilité et une limite d’endettement allouée. Par contre, puisque cette limite est cumulative, quelqu’un qui prend des prêts et bourses depuis le cégep ou qui, comme moi, effectue des études hors-Québec atteindra cette limite plus facilement. Bon, vous me direz : « Ouais, mais Sarah… C’est pour éviter que tu accumules trop de dettes… ». Toutefois, sans le vouloir, ce refus décourage la poursuite d’études supérieures.

Je vous explique : Lorsque vous êtes refusés sous ce motif, l’option qui s’offre à vous est un recours en dérogation. Cependant, cette dérogation ne vous donnera droit qu’à l’octroi de prêts, ce qui augmentera vôtre niveau d’endettement. De plus, tout le monde sait que plus le niveau d’étude d’une personne est élevé, meilleur le salaire sera. Néanmoins, pour atteindre un niveau d’études supérieures, il faut investir dans ces dernières. Souvent, les étudiants issus des classes plus défavorisées, et même ceux provenant des classes moyennes, doivent non seulement jongler entre travail et études, mais aussi recourir aux prêts et bourses. Comme j’ai expliqué plus haut, concilier l’école et le travail peut avoir un très mauvais effet sur la réussite académique. Peux-tu imaginer si on t’enlève l’Aide Financière aux Études, en plus… Dans ce cas, il ne te reste que deux choix : diminuer le nombre de cours que tu prends chaque session ou arrêter de travailler et struggler. C’est pourquoi plusieurs se retrouvent à prendre plus de temps que la normale pour terminer leurs études et que certains vont même abandonner. Il n’y a rien de mal à prendre plus de temps pour finir tes études… Cependant, ça implique la perte d’un certain nombre d’années de salaire, car tu es toujours à l’école, la laque d’expérience et une période considérable pour rembourser tes dettes. Voyez un peu le cycle vicieux ici présent ?

Je trouve ça dommage parce que le programme d’Aide Financière aux Études fut créé dans le but de mener à la gratuité scolaire, un jour. Malgré tout, aujourd’hui, malgré les carrés rouges et les semblants de réforme, on est encore loin du but. L’éducation ne devrait pas être un luxe accessible seulement aux plus nantis. Certains me diront qu’au Québec on est chanceux, car ce n’est pas si cher ; je ne suis pas d’accord. Au Québec, on paye le prix. Nos parents payent le prix, à travers leurs taxes et impôts.

Moi aussi, j’avais aussi cette mentalité. Je me disais : « Ouais, travaille fort, aies des bonnes notes et t’auras des bourses. » Toujours est-il qu’il faut comprendre que la problématique est beaucoup plus complexe que de bonnes notes = des bourses d’études. Il y a des gens très intelligents qui ne sont malheureusement pas nés dans un environnement socio-économique propice pour accéder à un niveau d’études plus élevé. Je ne prétends pas nécessairement que la gratuité scolaire est la solution facile et miracle, mais j’insiste sur le fait qu’il ne faut pas se contenter d’un système d’éducation médiocre parce qu’on se dit qu’il y a pire. Après tout, l’éducation est là pour former de futurs travailleurs spécialisés au Québec et non pas étouffer les étudiants économiquement.

Quel a été ton expérience avec l’Aide Financière aux Études?

  • Les opinions exprimés dans cet article ne concernent que l’auteur du texte. 

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