Amalgame

L’immigration engendre-t-elle toujours la réussite ?

Je me souviens avoir reçu tellement de superbe vœux venant de ma famille et mes amis, en 2013, alors que j’allais immigrer au Canada, mais il y en un parmi eux que je n’ai jamais oublié. Un ancien camarade de classe m’avait dit : « Senexant, tu as la chance d’immigrer dans un grand pays comme le Canada ; tu pourras devenir tout ce que tu veux. ». Cette phrase est toujours restée au creux de ma mémoire et lorsque je traverse des jours ténébreux, elle me sert d’appui.

En arrivant ici, j’avais tous les zèles. Comme quoi, rien ne pourrait m’arrêter sauf moi-même. Le profilage racial était à un billion de kilomètres derrière moi et je me répétais tous les jours : « Je suis mon seul obstacle. ».

Difficulté à se faire recruté

Dix mois après mon arrivée, je me suis retrouvée en colocation avec une jeune femme haïtienne. Elle avait un MBA (maitrise en administration des affaires) et était parfaitement bilingue. Toutefois, à tous les jours, elle me parlait de ses difficultés à se trouver un emploi, on lui sortait toujours le même argument : « Vous êtes trop qualifiée pour le poste. » Étant donné qu’elle ne voulait pas rester assise à ne rien faire, elle est retournée à l’école afin de faire un doctorat. Cependant, elle était très mal à l’aise avec le fait que malgré son MBA, ses parents devaient encore l’aider financièrement.

Cette situation m’a poussée à remettre les vœux de mon ami en question. Penser que je suis mon seul et unique obstacle, c’est comme faire croire à un poisson qu’il peut voler.

Beaucoup d’immigrants diplômés peinent à se trouver du travail. En effet, le taux de chômage est deux fois plus élevé en ce qui concerne les minorités visibles (13, 3 %) que lorsque nous parlons de la population générale (7, 2 %), selon les données de Statistique Canada, en date de 2011.

Selon des études menées par la CNESST (Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail), il est prouvé que si une personne a un nom à consonance étrangère, elle a quinze fois moins de chance d’avoir une entrevue.

Quand est-ce que les employeurs comprendront-ils enfin qu’ils ont tout avantage à avoir des employés de différentes origines?

Obligation de prendre des postes en-dessous de leurs compétences pour survivre

L’hiver dernier, je devais me rendre à une soirée chic et puisqu’il faisait très froid, j’ai décidé de prendre un taxi plutôt que le bus. Le chauffeur était un homme d’origine algérienne. Pendant qu’il conduisait, il me dit : « J’étais professeur de maths universitaire, en Algérie, et ça fait 4 ans que j’ai immigré au Canada. Je suis venu dans la catégorie des travailleurs qualifiés et regarde-moi maintenant, je suis chauffeur de taxi. Mes diplômes m’ont qualifiés pour entrer au Canada, mais pas pour trouver un travail ici.» Ensuite, il a ajouté : « J’ai perdu tous mes acquis professionnels ! »

J’étais vraiment triste pour lui, mes émotions étant trop fortes pour me permettre de réagir, je ne fis que l’écouter. Je ne pouvais pas retenir mes larmes, face à son histoire et celle de ma colocatrice. En descendant de la voiture, je l’ai vu pleurer aussi. La seule chose que j’ai pu lui dire fut : « Qu’Allah te donne la sagesse ; qu’il te bénisse. ». Il m’a ensuite répondu, en arabe : « Qu’Allah te bénisse aussi. ».

Souvent, dans l’imaginaire collectif, l’image d’un immigrant, surtout pour les minorités visibles, est associé à quelqu’un qui a était dans une situation très critique dans son pays. On voit rarement des gens formés, des professionnels, des gens qui étaient capable de subvenir entièrement à leurs besoins dans leurs pays qui, en arrivant ici, sont bousculés par la réalité et qui sont obligés de chercher des emplois au salaire minimum pour payer leurs factures et survivre.

On fait face à un système discriminatoire modéré, une société dite ouverte et pleins d’opportunités, mais selon des périmètres donnés. On peut observer que pour ces populations immigrantes, la compétence est loin d’être le seul acquis demandé. En dépit de tout ça, ce n’est pas une raison valable pour laisser tomber ses rêves ; ça demande seulement un peu plus d’effort qu’un Québécois dit «de souche».

Prépare ton plan de vie et ton plan carrière, travaille de façon acharné sur tes projets et sois constant.  Ne désespère pas, crois en toi et avance. Il y en a qui ont déjà brisé la glace, nous aussi on peut.

Quels sont les obstacles que t’as rencontré lors de ton parcours d’immigration ?

  • Les opinions exprimées dans ce texte ne concernent que l’auteur de l’article

Suivez-nous sur Facebook

Abonnez-vous à notre infolettre

Wishbone

Amalgame vous recommande