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Le féminisme musulman, est-ce un mythe ?

Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours eu deux combats à mener par rapport à ma religion. D’une part, le fait d’avoir grandi musulmane dans une société qui ne l’était pas. D’autre part, avoir grandi dans une famille traditionnelle qui n’avait pas les mêmes vision et compréhension de l’islam que moi. Bien sûr, à l’adolescence, je ne faisais pas de distinction entre la religion et la culture, puisque ces dernières sont étroitement liées. Un des plus grands débats que j’avais autant avec mon entourage qu’avec les gens de la société était celui du statut de la femme dans la religion, dans la famille, dans la société. En plus d’être en combat avec tout mon entourage et ma société d’accueil, je me rends compte qu’il y a un déchirement de moi-même et de tout ce qu’on m’a enseigné et m’a éduqué depuis toute jeune. Jusqu’à maintenant, à l’âge adulte, je me pose encore des questions.

Comme j’ai dit précédemment, le sujet principal de mes débats était celui de la femme, de ses rôles, de ses responsabilités, etc. Mes réflexions n’ont pas pu s’arrêter puisque tout le monde semble avoir une opinion, partagée volontiers, sur cette fameuse femme, comme si elle était une espèce spéciale. Nous, femmes musulmanes, on est incapables de penser à autre chose ou de clore le débat. Il est vrai qu’en étant plus jeune, j’ai eu le débat avec mes parents autour du fait que je devais avoir les mêmes droits que mon frère ou mes cousins. La réponse de mes parents était toujours : « Parce que tu es une fille, tu ne peux pas faire ça ». Cette réponse, basée sur la culture, bien entendu, ne m’a jamais satisfaite, mais bon, j’étais jeune et je passais rapidement à autre chose. Pour moi, cette question était religieuse, alors qu’elle ne l’était pas du tout, la preuve du fait que je ne connaissais pas grand-chose à ma religion. C’était pourquoi, je n’étais pas voilée en compagnie de mes camarades de classe, alors que ma mère l’était, ou pourquoi je ne mangeais pas de viande (ne s’applique pas uniquement aux femmes, mais bon, on était jeunes et naïfs).

Une fois que j’ai pu me poser des questions plus complexes comme « pourquoi je ne peux pas rentrer aussi tard que mon frère ? », et bien sûr, une fois que mes connaissances sur ma religion étaient plus étoffées, je me suis questionnée sur la différence fondamentale entre l’homme et la femme que ce soit dans la religion ou dans le monde en général. Car, soyons réalistes, l’inégalité hommes-femmes est un débat universel qui transcende toutes les cultures et toutes les religions. La différence fondamentale entre la femme et l’homme dans le Coran est qu’ils ne sont pas faits de la même manière et ont donc des rôles différents au sein de leur famille et au sein de leur société. En effet, la femme est plus sensible, plus affectueuse, plus encline à faire multitasking (YESSS), alors que l’homme est fait plus robuste, moins émotif. D’où le rôle prédominant de la femme auprès de ses enfants et de son foyer, et le rôle principal de l’homme, c’est le pourvoyeur de la famille. Il est à noter que la famille et l’éducation des enfants sont des valeurs d’une extrême importance dans l’islam. Par contre, l’islam ne dicte pas à la femme de rester à la maison et de s’occuper uniquement des enfants ; son rôle crucial auprès de ses enfants ne l’empêche d’aucune façon de s’épanouir autrement aussi dans sa vie quotidienne (travail, passion, sport ou autre). Tout comme l’homme est tout à fait capable et doit (selon le Coran) accomplir des tâches ménagères et s’occuper des enfants.

Malheureusement, comme tout autre commandement, l’islam a été fortement influencé par divers facteurs externes telle la culture. En effet, le Coran est écrit en arabe littéraire presque comme la poésie, il est donc logique que son interprétation soit imprégnée des cultures et des contextes. Il est aussi important de noter que les concepts les plus importants (prières, ramadan, etc.) sont écrits de manière très claire dans le Coran. Le questionnement de certains préceptes (spécialement concernant la question féminine) est perçu dans la majorité des pays musulmans comme question taboue. En effet, la forte imprégnation du religieux sur un terreau culturel très sensible aux questions identitaires ne favorise pas toujours le débat sur les questions de fond. Spécialement, comme dit précédemment, lorsqu’il s’agit de la femme, certains questionnements seront perçus comme une recherche d’émancipation et un désir de faire comme les Occidentaux. Il y a aussi le fait que la société arabe est une société particulièrement masculine et patriarcale, il est donc normal d’avoir des interprétations qui vont dans ce sens.

Personne n’a de réelle définition pour le féminisme, il s’agit d’un concept d’une extrême complexité, et il existe une définition différente pour chaque femme. Le féminisme musulman est un peu différent du féminisme occidental typique parce qu’il cherche à mettre l’homme et la femme au même niveau sans distinction dans le sens où il va considérer la femme par rapport à sa société, par rapport à ses compatriotes masculins, mais dans le respect des préceptes islamiques. Ce mouvement existe réellement, et il consiste en relecture du Coran et des écrits religieux d’un point de vue féminin, voire féministe, afin d’avoir une vue juste et équitable.

Alors, mon rôle, en tant que musulmane vivant dans une société qui me permet de remettre en question ce en quoi je crois et ce que j’applique, est de faire mes recherches et de trouver ma voix au sein de cette religion qui peut faire peur, vue de l’extérieur, mais qui est tellement pacifique et logique, et éventuellement, dans la mesure du possible, éduquer ceux qui sont intéressés par ce que j’ai à dire.

Penses-tu qu’on peut se dire musulman et féministe ?

  • Les opinions exprimés dans ce texte ne concernent que l’auteur de l’article. 

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