Amalgame

Ma mère au pays des merveilles

Le chat de Alice au pays des merveilles.

Fleurpageons
Les rhododendroves
Gyraient et gygemblaient dans les vabes
On frimait vers les pétunias
et les momerates embradent

 

Un voyage impulsif

Ma mère est partie en voyage récemment. Tout ce que je connais de sa destination est cette courte chanson que lui chantait souvent son guide touristique. Elle a mis sa perruque blonde pour se déguiser en Alice, le temps de quelques mois. Parce que les Noires peuvent être blondes, elles aussi. Elle qui ne voyage pas beaucoup, elle a tout de même visité une contrée inconnue de plusieurs. Ce n’était pas dans ses intentions de s’y perdre autant. C’est dommage que le truc de mettre des roches pour retrouver sa route soit dans un autre conte. Je l’ai vue tomber dans le trou, et vraiment c’était comme dans le film : sa chute était longue et lente, mais certaine. Je me sentais aussi impuissante que le chat d’Alice avant la chute de cette dernière. « Life imitates art », disent-ils. Rapidement, elle comprit que ce pays portait mal son nom. Il n’y a rien de merveilleux, mis à part l’étendue de cette toute petite île, bien que sous-estimée. Non, ce n’était pas un voyage de luxe. C’était une île où tout pouvait sembler réel sans que rien ne le soit. Cette île, vous l’aurez bien deviné, était l’île de l’imaginaire. Ce pays sombre d’où elle n’a rapporté comme souvenir qu’une chansonnette aride de sens.

Les Noires aussi peuvent être blondes

Oui, biologiquement parlant, elles le peuvent, mais mon point est qu’elles peuvent également devenir des Alices qui s’égarent. J’ai vu ma mère visiter le pays de la maladie mentale, mais j’ai surtout parallèlement entendu des gens dire de sa maladie qu’elle était exclusivement réservée aux Blancs athées. Cette vaste catégorie de la maladie collectionne les préjugés depuis la nuit des temps, et la communauté noire ne fait pas exception quand vient le temps d’ajouter à cette longue liste. Comme l’explique Hori dans cet article-ci, par fierté, la communauté noire n’a pas eu le choix de se créer l’illusion d’être invincibles. Pour se faire, les communautés noires utilisent plusieurs moyens comme la religion par exemple, pour continuer de nourrir cette idée. Toutefois, celle-ci est fausse puisque cela ne sert à rien de nous retirer notre humanité de la sorte. De plus, elle devient plus nocive quand elle tente d’expliquer l’apparition d’expériences. Dans le contexte précis de la maladie mentale, cette idée nuit, car elle fait taire une réalité trop souvent méconnue par les gens : TOUT le monde (oui, tout le monde) est à risque de subir un trouble mental. Il y a plusieurs raisons qui peuvent venir expliquer cela : que ce soit les gènes, les mésaventures de la vie et j’en passe ; dans tous les cas, il est important de ne pas oublier que personne n’est supérieur à cette réalité.

Au Canada, environ une personne sur sept par année a recours aux ressources médicales pour des troubles mentaux. Bien que ce chiffre soit frappant, il ne représente pas la totalité des personnes atteintes, car elles n’ont pas toujours accès aux soins médicaux et/ou psychologiques. Le plus triste avec ce deuxième point est que certaines des personnes qui ne consultent pas ont accès aux ressources, mais se sentent mal d’être dans leur condition, donc elles finissent par se renfermer. Ce n’est pas un secret pour personne que la maladie mentale est encore très mal perçue au sein de notre société et que pour certains, elle n’est que la preuve d’une paresse intellectuelle et sociale. Cette mentalité commune est le fruit de perceptions erronées qui réduisent la maladie mentale à un résultat de faiblesse réservé à un/des groupe(s) de personnes.

La lutte doit être intersectionnelle !

L’importance de briser les stéréotypes face à ces conditions est nécessaire pour tous, considérant que tous sont à risque. Toutefois, quelques études remarquent que certaines communautés racisées ont tendance à être surexposées à certaines maladies mentales. Il faut, bien sûr, à tout prix éviter de tomber dans le piège que ce qui explique ce phénomène est purement biologique, mais plutôt comprendre que les oppressions systémiques jouent sur la santé mentale des individus qui la vivent. Ne pas en parler dans la dénonciation serait trahir ce fait. De plus, ce fait vient rendre encore plus illogique cette impression d’une surhumanité chez les Noirs (ou autres communautés racisées).

Tout le monde ne pourra pas être un psychiatre ni avoir son savoir sur la complexité de la maladie mentale, et cela se comprend. Toutefois, nous devrions tous être sensibilisés afin de savoir comment agir si nous avons à la confronter et/ou la côtoyer, car les faits montrent que, malheureusement, les risques sont très hauts que cela arrive. La déconstruction à ce niveau-ci commence clairement par l’abolition des préjugés portés envers cette nature. Par cela j’entends qu’il faut standardiser la maladie mentale comme le sont les maladies reliées (uniquement) à l’état physique. Personne ne dirait à un asthmatique que prendre sa pompe est un signe de faiblesse et manque de rigueur. Alors, pourquoi avoir la même réflexion lorsqu’on parle de thérapie ? Ces faussetés ont causé déjà assez de tort et doivent cesser dorénavant.

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