Amalgame

Grandir, c’est accepter qu’on va décevoir ses parents et être correcte avec ça.

source: http://www.npr.org/sections/codeswitch/2015/02/13/384005652/study-black-girls-are-being-pushed-out-of-school

Être une fille d’immigrants a son lot de fardeaux et d’histoires hilarantes à partager avec d’autres enfants d’immigrants. Mes parents m’ont inculqué des valeurs telles qu’une éthique de travail exemplaire, une fierté de ma culture haïtienne qui ne cesse de grandir et un instinct de survie digne d’un film d’action hollywoodien. Les enfants d’immigrants connaissent en partie les fardeaux et les sacrifices que leurs parents ont dû traverser pour se construire une vie dans un nouveau territoire où la couleur de leur peau les ramena directement à la case départ.

Combien de fois mes parents ont-ils secoué leur tête en m’entendant chialer à propos de * insérer n’importe quel world problem icitte* ?

Je ne compte plus les histoires qu’ils ont partagées avec moi sur leur enfance et leur pays natal après avoir passé une journée au travail entourés de personnes qui réduisent leur culture à un simple plat à emporter du resto haïtien local.

Être une fille d’immigrants, c’est comprendre, dès le plus jeune âge, que tes parents ont fait beaucoup de sacrifices pour se construire une nouvelle vie pour eux et pour toi. C’est pour cela que la question « qu’est-ce que tu veux faire/être plus tard ? » pèse énormément sur mes épaules. Auparavant, cette phrase déclenchait sans cesse une crise d’anxiété chez moi.

– Qu’est ce que tu veux faire/être plus tard ?

– Être heureuse ?

– Qu’est ce que tu veux faire/être plus tard ?

– *Insérer n’importe quelle « haute » profession pour que la tatie, qui est en fait une amie de longue date de la famille, cesse de te poser cette question et te laisse écouter la télévision en paix*

Ma mère a pondu l’être que je suis autour de l’âge que j’ai présentement. Chaque fois que j’y pense, je me transforme en Homer Simpson dans le meme où il disparait dans les buissons. Début vingtaine, mariée, petite (adorable) (yeah, I said it. Yeah, I said it) bébé sur la hanche, passeport en main vers un autre pays. Oufff, pas étonnant qu’elle me regarde bizarrement chaque fois que je lui parle de ma politique « No baby, No husband. Lots of peace. »

Dans ma culture à mon âge, je « devrais » être fiancée ; de préférence mariée avec un homme que je connais depuis suffisamment longtemps pour qu’il aie gagné la confiance du clan familial. Un emploi… un vrai emploi d’adulte qui te permet de payer tes factures sans que tu finisses le premier du mois à discuter avec ton pot de beurre d’arachide. « Un vrai emploi d’adulte » sous-entend une profession permettant aux mes parents des bragging rights pendant les réunions familiales.

Avocat — Oui

Docteur — Double oui

Étudiante en certificat en études féministes et création littéraire. — Nope… Hell nah. MISSION AVORTÉE. RÉCEPTION COUPÉE. ÉQUIPAGE, ABANDONNEZ LE NAVIRE.

Je commence tout juste à être confortable avec l’idée que je vais probablement décevoir mes parents avec mes choix de profession, de partenaire, de couleur de cheveux (si seulement j’avais une photo du visage de ma mère la fois où mes cheveux étaient mauves… E-P-I-C), etc. J’ai la chance d’avoir des parents qui acceptent nos différences même s’ils ne les comprennent pas toujours. Un roulement des yeux, par-ci. Un mouvement de tête désapprobateur par là. Je n’y échapperai jamais. J’ai appris à vivre avec et de les voir comme des inside jokes, maintenant que je suis adulte et que je me rends compte que la vie va au-delà d’un diplôme et du choix d’un partenaire.

Il y aura toujours ce désir de vouloir rendre mes parents fiers de moi et d’honorer leurs sacrifices. Mais je ne pourrais jamais essayer de courir après des attentes et des rêves qui ne sont pas les miens, et *kanye shrug* j’ai fait la paix avec ça. *Préparer tout de même une liste d’arguments à lire à la tatie (qui ne se mêle jamais de ses affaires) sur l’importance des écrivains et de grands penseurs.

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