Amalgame

Madame regardez! J’ai des cheveux. Laissez-moi vous servir!

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À toi, à qui j’aurais bien aimé payer une thérapie. Je travaille chez La Crémière au Centre Laval presque tous les matins. Beaucoup voient cet emploi comme banal et facile. Pour moi, c’est sourire, donner toute son énergie et offrir le meilleur service possible pour que le magnifique sourire de ces clients qui cherchent à apaiser leur petit côté gourmand s’affiche devant moi. Ce matin 9 h 45, seuls les employés du centre sont là pour ouvrir leurs magasins. Toi, tu es venue de loin et tu as commencé à tourner tout autour du kiosque comme une mouche autour d’une glace. J’étais occupée à allumer les machines, alors après quelques minutes, tu es partie. Vers 9 h 53, tu es revenue te planter comme un crapaud géant devant moi et tu attendais que je te remarque. Je me suis dit que je pourrais t’offrir quelque chose malgré le fait que je n’ai qu’une sorte de crème glacée disponible pour l’instant. Un petit bonjour avec un grand sourire. Ton regard déjà vide s’essora de toute sa stupidité possible, et tu me répondis d’une voix tremblante en t’éloignant :

Euh non, non! Moi, j’vous parle pas. Vous autres, qui portez un truc sur vos têtes, non, j’vous parle pas.

Donc, je présume que tu t’attendais à ce que je te coure après en sortant une mèche de cheveux pour te dire « Mais non madame! Regardez, j’ai des cheveux. Laissez-moi vous servir ! » Il fallait que je m’excuse de vouloir couvrir mes cheveux. Il fallait que j’appelle ma collègue de travail pour qu’elle sorte de son lit et vienne à la crèmerie spécialement pour te servir après avoir vérifié si la texture de ses cheveux te plaît assez. Il fallait que je me sente triste parce que tu n’as pas voulu que je te serve un cornet. None of this happened.

Je t’aurais dit que tu es qu’une inculte. Je t’aurais dit que tu es qu’une raciste. Je t’aurais dit que tu n’es pas la première à avoir l’air d’une imbécile en te plantant devant moi et essayant de me provoquer. Je t’aurais demandé pourquoi tu t’es plantée devant mon kiosque. Je t’aurais dit que l’Islam c’est la plus belle religion. Je t’aurais dit que je suis fière de me faire remarquer avec mon voile à l’école, au travail, dans le métro, au belvédère du Mont-Royal, sur la rue Sainte-Catherine, au Carrefour Laval, chez Juliette & chocolat ou au 46e étage de la Place Ville-Marie. Je t’aurais demandé si tu connais le mot liberté et toutes ses significations. Je t’aurais dit tant mieux de toute façon je n’aime pas les gens comme toi. Je t’aurais dit que tu n’as pas réussi à ruiner ma journée. Je t’aurais fait remarquer que ce truc s’appelle un voile ou un foulard et que c’est fait avec du coton, rien de nucléaire. Je t’aurais aussi dit que maintenant j’ai honte d’être québécoise à cause de toi. Tu vois, j’avais plein de choses à te dire sous cette tête couverte par ce même « truc » que toi tu portais sur le cou. Mais tu avais peur… Et tu es partie trop vite.  

Par : Amal Sobh

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