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Non, je ne suis pas une activiste

Non, je ne suis pas une activiste : confessions d’une femme noire qui se fait confondre pour une activiste quand elle a tout simplement une grande gueule.

Je ne suis pas une activiste dans le sens où l’on conçoit la communauté SJW (social justice warrior). Être une activiste, selon moi, prend un niveau très élevé de dévouement à une ou plusieurs causes. Je ne me sens pas apte à m’identifier ainsi, et je n’ai certainement pas l’énergie pour ce mode de vie. Je crois tout de même que les personnes avec diverses identités marginalisées ont plusieurs savoirs qui sortent des livres et du langage utilisé dans les milieux militants et/ou universitaires.

Mon parcours de personne conscientisée commença très tôt. C’est une série d’évènements qui s’accumulent comme des photos de jeunesse qu’on délaisse au fond d’un tiroir. Je me souviens de la première fois qu’un garçon m’a appelée féministe avant même que je sache la signification de ce mot lourd de sens. Je me souviens de toutes les fois où je tapais du pied dans la cuisine parce que ma mère insistait pour que je l’aide en cuisine tandis que les hommes se vautraient dans leur l’oisiveté devant la télévision. Je me souviens des violences que je ne pouvais pas décrire avec des mots, mais mon corps et ma psyché en gardent la marque. Je me souviens de tous ses livres que je dévorais tard les soirs à l’école où ma peau, mon sexe et mes cheveux étaient aussi bien dissimulés que Où est Charlie?

Quand on circule dans les milieux militants ou universitaires/cégépiens, il est facile d’oublier que tout ne réside pas dans la théorie. Il est facile d’oublier que derrière ces mots à plus de 8 syllabes qu’on apprend dans ses recueils qui officialisent et institutionnalisent les savoirs, il y a de vraies personnes. Des personnes dont histoires seront seulement envisagées comme instrument pour créer une élite intellectuelle qui profite monétairement et socialement des oppressions d’autrui. Mon entrée en études féministes m’a permis de mettre des mots sur le racisme, la misogynoire et l’hétéronormativité que je vis dans une société qui se dit progressiste sans vouloir faire un travail de progression. Il y a toutefois une anxiété qui embarque de savoir si l’on utilise les bons mots et si, en tant que personne «woke» (ce mot me crée souvent un malaise puisqu’il est souvent associé au côté performatif d’état conscientisé), on en fait suffisamment. On oublie souvent qu’être «woke» ne se réduit pas seulement à une identité, mais surtout à un processus où l’on est confronté à un tas de nœuds. Chaque nœud dénoué représente un moment où l’on décolonise notre esprit. Chaque nœud dénoué représente un propos misogyne que je dis contre une autre femme. Chaque nœud dénoué est la preuve de mon engagement à être moins problématique parce que, Hello Joe, on l’est tous d’une manière ou d’une autre. Et parfois quand on pense avoir dénoué tous nos préjugés et nos comportements oppressifs… Hop, un autre tas de nœuds se crée, et le travail est sans cesse à recommencer.

Je ne suis pas une activiste, mais mon travail réside dans mon écriture de femme noire qui est constamment en apprentissage. Mon écriture, c’est résistance, anxiété et deadlines non respectés. Et, si je suis capable d’en faire rire quelqu’un au passage, tant mieux!
Cha Lau Fable

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