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Namoura au sirop d’érable

Tu dois sûrement te demander c’est quoi du namoura. Je t’explique. Le namoura est une pâtisserie libanaise faite à base de semoule de blé, de yogourt nature, du sucre et de purée de sésame blanche. Le sirop versé sur cette pâtisserie est fait de sucre, d’eau, de miel et d’eau de fleur d’oranger. Ce dessert qui est très populaire au Liban (en Palestine et en Syrie aussi) est présent dans d’autres pays, mais va souvent changer de nom et un ou deux de ses ingrédients. Par exemple, le kalb el louz (cœur d’amande) en Algérie ou la basboussa en Égypte.

Et le sirop d’érable… Le sirop d’érable est un aliment culturel qui fait partie du patrimoine québécois. Et bien avant l’arrivée des colons français, il était cultivé par les peuples autochtones du Canada.  Avant d’être du sirop, l’eau d’érable va être recueillie au début du printemps et, par ébullition, concentrée pour devenir du sirop. Il y a cinq étapes nécessaires à la fabrication du sirop : l’entaillage, la collecte de sève, sa concentration partielle, son évaporation et la filtration du sirop.

Et tu sais, ma mère, cette magnifique femme d’origine libanaise qui est arrivée au Canada depuis plus de 30 ans, a décidé de mixer le namoura et le sirop d’érable pour donner le fameux namoura au sirop d’érable. Si tu savais à quel point c’est EXCELLENT comme dessert. Ce qui aurait été aussi excellent, c’est que ma mère, qui était infirmière au Liban, puisse continuer à pratiquer son métier de rêve quand elle est arrivée au Canada sans avoir à refaire toutes ses études pour pouvoir l’exercer. Je dirais qu’elle aurait pu faire une sorte de « mise à jour » seulement (afin de connaître les réglementations du pays), comme le namoura au sirop d’érable. Parce qu’on s’entend qu’être infirmière ici, c’est pas mal la même chose que l’être dans un autre pays ;).

Reconnaissance des diplômes des immigrant.e.s :

Selon Statistique Canada, 41% des immigrant.e.s ayant immigré au Canada entre 2001 et 2011 détiennent un baccalauréat ou un diplôme supérieur. Toutefois, les immigrant.e.s ont beaucoup plus de difficulté à obtenir un emploi que les personnes nées au Canada. Ils ont à surmonter plusieurs obstacles pour obtenir la reconnaissance de leurs diplômes et de leur expérience de travail. Encore, iels* sont moins aptes à occuper une profession correspondant à leur domaine d’études, ce qui fait que 43% des immigrant.e.s se retrouvent en situation de surqualification. Une personne en situation de surqualification est une personne dont le niveau de scolarité est supérieur à celui qui est normalement exigé dans la profession qu’elle occupe.

La majorité des immigrant.e.s au Québec appartiennent à la catégorie de l’immigration économique (70% en 2014). Iels ont été sélectionné.e.s selon leurs compétences et leur capacité à participer au roulement de l’économie au Québec. Selon la chercheuse Julia Posca de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), la discrimination sur le marché du travail envers les immigrant.e.s est  pire au Québec qu’ailleurs au Canada. De plus, elle explique que ce phénomène est dû au fait qu’on ne leur donne pas de chance sur le marché du travail et non parce qu’iels ont été mal sélectionnés, car beaucoup des immigrants qui arrivent au Canada sont très qualifiés : leur niveau scolaire est plus élevé que les travailleur.ses nés au pays et iels maîtrisent le français en grande majorité.

De plus, la reconnaissance des diplômes chez les femmes immigrantes est encore pire. Selon IRIS, c’est une double discrimination.  Par exemple, en 2013, le revenu moyen des immigrantes était de 20 410 $, soit 90% du revenu des femmes nées au Québec et 60% de celui des hommes nés au Québec. Ce qui est perturbant, c’est de voir que les femmes immigrantes ont des niveaux de scolarité semblables à ceux des hommes immigrants et plus élevés que ceux des femmes et des hommes nés au Québec, mais elles ont beaucoup plus de difficultés à se trouver un emploi.

Racisme systémique :

Ce que tu viens de lire, c’est du racisme systémique. Le racisme systémique ne touche pas que les personnes immigrantes. Le racisme systémique affecte les personnes issues des minorités visibles aussi. Selon les résultats d’une étude faite par Paul Eid, un professeur de sociologie à l’Université de l’UQAM, pour la commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ), une personne ayant un nom à consonance francophone a 60% plus de chance d’être convoquée en entrevue qu’une personne ayant un nom arabe, latino, haïtien, africain, etc. Ça veut dire qu’un Félix Tremblay a 60% plus de chance d’être convoqué en entrevue qu’un Hassan Abdi. Même si tous les deux ont fait les mêmes études et ont le même parcours pédagogique…

Oui, le namoura au sirop d’érable est génial, mais ce qui l’est encore plus, c’est la reconnaissance des diplômes des immigrant.e.s et l’arrêt du racisme systémique.

* Iels : Troisième personne du pluriel

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