Amalgame

Lettre à mes amis du P.Q. et à mes amis de Q.S.

Hé, les chums du P.Q., quand vous tombez en bas de votre chaise parce que Q.S. considère que la légitimité de ma présence ici n’est pas un détail, que la légitimité de mon existence n’est pas un détail, qu’elle est assez importante pour vous dire que non, ils croient que ça va pas être possible, vous me le dites clairement que vous, vous pensez que c’est un détail. Véronique, Jean-François (vous m’excuserez, après toutes les lettres à Fatima de 2013, après les lettres à Gabriel dans le Devoir, j’ai attrapé le tutoiement et l’informalité comme un virus condescendant), quand vous dites que les électeurs québécois sont déçus, que Q.S. n’a pas pensé aux Québécois, vous ne parlez clairement pas de moi. Moi, je ne suis pas déçue, Jean-François. En même temps, moi, quand je dis Québécois, j’imagine des gens qui se définissent par leur avenir, pas par leur passé. J’imagine des gens qui entretiennent des branches plutôt qu’une souche : je suis Québécoise que ça te plaise ou non, tous ceux qui refusent de hiérarchiser les citoyens le sont aussi. Vis avec. Je vais probablement prendre ma carte de Q.S., tu sais, maintenant que je sais que je ne voterai pas pour toi si je vote solidaire. Je vais être bien honnête d’ailleurs : si le P.Q. et le P.L.Q. étaient les deux seuls partis au pays, je cracherais sur mon bulletin. Vote illisible, je préfère ça à vote blanc.

Hé, certains potes de Q.S., vous nous dites qu’il faut sauver le Devoir quand Christian Rioux y sévit, sauver le Devoir quand il nous traite de poissons (les ethnies, nous), sauver le Devoir allergique à la mystérieuse langue allophone. Sauver le Devoir donc, sauf quand il publie une lettre à Gabriel, le fils prodigue, ça y est, on se désabonne, ça devient ridicule, orienté, outrancier. Merci de me signifier de façon aussi évidente que vous vous en foutez un peu qu’on donne la parole aux chroniqueurs racistes tant qu’on n’ébouriffe pas les têtes d’affiche.

Je sais, c’est difficile à vivre, des antiracistes. C’est victimaire après tout. Ça dérive. Non, ça va, je le sais que vous parlez de nos dérives entre vous. C’est vrai : des fois, on exagère, on dérive, des fois. Je ne dénoncerai pas ces dérives avant d’avoir fini de dénoncer l’oppression systémique par contre, pardon. Vous ne le voyez pas, amis, mais vous ressemblez de plus en plus à Charest. Dénoncer, dénoncer : je ne le ferai pas. Demandez donc à Gabriel de dénoncer la violence de 2012 un coup parti. Ah non, là, vous comprenez les systèmes et les rapports de force.

Je ne sauverai pas le Devoir, les amis. Je sais, c’est beau et indépendant et intellectuel et ça fait des critiques de livres (écrits par des hommes blancs – oh, je l’ai dit). Mais je ne le sauverai pas, je vais le laisser couler comme un orignal qu’on cale pour être bien honnête (bloubloublou, joke de Pérusse, allez-y, admirez ma québécitude performée).

Je sais, ma colère délégitime mon propos.

Sans (trop de) rancune.

Une amie.

Un texte de Katia Belkhodja – Collaboration Spontanée

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