Amalgame

Quand j’étais plus jeune, je ne différenciais pas ma religion de ma culture : pour moi, être marocaine et être musulmane était synonyme. Je ne mangeais pas de porc, je disais bismillah avant de manger ou de faire un examen et j’essayais de jeûner pendant le ramadan même si je finissais toujours par manger des bonbons en cachette. Bref, ces traditions pour moi étaient normales. Je les suivais sans trop me poser de questions.

Et puis, en grandissant et en côtoyant d’autres amies arabes/musulmanes, je me suis rendu compte que je ne connaissais rien à l’islam. Voulant être comme mes amies, j’ai supplié mes parents de m’inscrire à l’école arabe. Mes parents ne sont pas des personnes extrêmement croyantes. Ne voulant pas imposer la religion à mes sœurs ni à moi, ils n’ont pas voulu m’inscrire à l’école arabe et ont préféré m’expliquer ce qu’était l’islam pour eux. Petit à petit, toutes ces traditions que je suivais sans me poser de questions trouvèrent un sens à travers la religion, et j’ai commencé à réellement avoir la foi.

Mes parents m’ont appris les valeurs importantes qui se retrouvaient dans l’islam. En fait, l’islam pour moi c’était aimer son prochain, le traiter avec bonté, équité et respect même si ce prochain pourrait être considéré comme ayant désobéi au dire de l’islam. L’islam m’a appris à toujours garder les besoins des autres en tête, à ne jamais les juger et à les pardonner. Le ramadan m’a appris à être humble, à apprécier et à reconnaitre mes privilèges socio-économiques et m’a introduite au bénévolat. Le coran était pour moi un guide de vie que je suivais aveuglément, car les valeurs sur lesquelles l’islam se basait me tenaient à cœur.

J’ai donc commencé à croire aveuglément en l’Islam, à respecter tout ce que j’étais censé respecter, et je suis retournée à l’état de «je ne me pose pas de questions, j’ai la foi, et c’est tout». Peut-être qu’inconsciemment, je le faisais parce que je ressentais une certaine pression venant de mes amies musulmanes qui étaient des musulmanes «modèles». Au secondaire, mes amies étaient majoritairement musulmanes et croyantes sauf qu’elles avaient une éducation religieuse un peu plus approfondie que la mienne. Lorsqu’on parlait de religion, ma compréhension différait de la leur, et c’était pour ça qu’au début, je tenais pour acquis qu’elles avaient raison. Pour elles, j’étais celle qui était moins croyante, moins pratiquante, moins musulmane. Je me mettais cette pression démesurée pour agir en «bonne» musulmane. Mais malgré mon envie de croire aveuglément, j’étais tout de même en conflit avec moi-même : je trouvais toujours certains éléments contradictoires entre ma compréhension de l’Islam et celle des autres. Je n’arrivais pas à comprendre pourquoi une personne qui boit était si sévèrement jugée par la communauté, tandis que l’Islam nous apprend à ne pas juger celui qui désobéit à Allah. En fait, je ne comprenais pas en quoi l’alcool ou la fornication avant le mariage rendait une personne moins bonne qu’une autre. Je me disais « il me semble que seul Dieu peut me juger ». Pour moi, l’important était le respect des valeurs fondamentales qui se retrouvaient dans le Coran.

Une fois arrivée au cégep, je me suis détachée de l’Islam, et j’ai arrêté de parler de ma foi. Ma mère m’expliquait que c’était personnel, la religion, et je suis d’accord. Donc, pendant longtemps, lorsque mes amies, peu importe leur religion, abordaient ce sujet, je l’évitais et je refusais de parler de ma croyance. Je le faisais un peu par peur de retomber dans ces débats interminables du «bon» croyant, mais aussi parce que j’étais confuse face à mes croyances. Je ne savais plus trop si j’étais musulmane ou non. Pour moi, je trouvais que oui, je l’étais; pour les autres — peut-être pas. Ce n’était pas tant le jugement des autres qui me préoccupait, mais plutôt le fait que je ne savais plus si j’avais réellement bien compris les valeurs de l’Islam. C’est ce qui m’a fait douter ma foi, et pendant longtemps, je me suis dit croire en Dieu, mais ne pas être musulmane. Sauf que je me retrouvais à toujours retourner à l’islam que ce soit dans la pratique de l’islam ou dans la croyance des dires de l’Islam. J’ai compris par la suite que la foi, c’est le doute, qu’il ne peut pas y avoir de foi sans doute. Le fait de douter certains versets ou pratiques fait en sorte qu’on est capable d’avoir une réelle compréhension de la religion pour pouvoir développer une réelle croyance qui reflète notre réalité. Aujourd’hui, je ne crois plus aveuglément, et j’essaie de toujours remettre en question mes croyances. Je ne pourrais pas vous dire exactement quelle est l’étendue de mon adhésion à l’islam, mais je crois en Dieu, et les valeurs qui m’ont été transmises à travers la religion me tiennent à cœur.

Enfin, j’ai décidé de parler de ma relation avec la religion pour la première fois depuis longtemps, car je crois que dans les communautés musulmanes (pas toutes, bien sûr), on a tendance à se juger en ce qui concerne la pratique de la religion. Cela nous empêche d’avoir des discussions franches et respectueuses sur l’Islam. Je ne veux surtout pas généraliser une communauté qui regroupe plus de 1 milliard de personnes; au contraire, je veux plutôt qu’on comprenne que la pratique et la compréhension de l’Islam sont différentes pour tous. Et ces différences ne veulent pas dire qu’on est moins musulmans. Bref, mon point est qu’il faut être capable de prendre du recul, d’écouter et de respecter les croyances de tous.

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