Amalgame

Une lettre à ces mères

Préface :

  • As-tu compris ?
  • J’ai pigé.
  • Mais parles-tu à ta mère, ou à une communauté ?
  • Aux deux… je crois. Il était particulièrement dirigé à elle. Mais maintenant que j’y pense, je me dis qu’il y a quand même une vaste majorité de personnes qui le vivent et qui sont obligées de se taire… de se cacher, justement à cause de leur culture. Cette deuxième mère qui dicte aussi les règles d’une société.
  • Je ressens ta colère.

[…]

  • Enfin, ce que je me dis, c’est que je suis quand même contente de mon parcours. Et pendant ce bref moment, j’apprécie le fait de ne pas avoir eu à me mettre des étiquettes. Me presser à m’identifier afin de plaire aux gens, à leur curiosité, me conformer à des règles de société qui ne sont là que pour me mettre dans une boîte. Me donner un nom alors que je me découvrais encore… Je veux juste faire savoir aux autres que c’est correct et normal de se chercher.

 

Lettre à Mère

Je crois en Dieu. Je reconnais mes torts. D’avoir cru en un monde capable de diriger à ma place. Plus intelligent que moi. Plus rationnel. Mon estime de moi était trop bas pour comprendre mon état de compression. Une oppression. J’ai appelé à l’aide et ils m’ont fermé les portes. Mon existence est vouée à la tragédie. Malédiction ! De mon état humain. De mon état d’être, faite de chair et d’os comme eux. Ils dirigent, c’est donc ici la sagesse.

Si pour ce que je suis, je suis vouée à la pourriture, j’en remercie cette éducation qui m’a dénudée, arrachée de mon âme dès la naissance de leur sagesse. Qui sont-ils pour me brimer de mon essence ? Faits de chair et d’os autant que moi, je vois ma mère se tuer pour m’empêcher d’être. Honte à vous qui l’avez élevée à vos souhaits. À cause de vous, je ne nous reconnais plus dans ses regards amers. Ignorante de mon état d’âme, elle cherche les mots pour me ramener à la vie stricte, à la vie droite, vie éternelle.

Société dépourvue de sens. Je suis l’huile lourde et amère qui glisse sur l’eau claire. Comment avouer mon désarroi à Dieu, si même lui, selon ses hommes, me rejette de toute sa haine féroce ? Je me suis haïe à cause d’eux et je me suis menti toute ma vie.

Ô lettre amère, dédiée à la société, digère mon désarroi, ma solitude. Une misère atroce dans laquelle tu m’as jeté.

Ma race chienne, ce surplus de couleur, me fait plus honte à moi-même qui la porte, qu’à vous qui me regardez vivre. Qui donc suis-je pour vouloir porter votre drapeau, adhérer à vos mœurs et rajouter à ma peine, déjà peine ?

_____________________

Hey c’est le 1er article de Katiana sur la plateforme Amalgame. Tu as aimé l’article? Fais-le lui savoir en lui laissant un commentaire en dessous de celui-ci.

Suivez-nous sur Facebook

Abonnez-vous à notre infolettre

Wishbone

Amalgame vous recommande