Amalgame

La charge émotionnelle du racisme…

Quand je lis ou j’entends des horreurs sur les arabes/musulmans, je ressens une immense colère, un sentiment d’injustice profond. Un sentiment d’être niée dans mon humanité. Ça me ramène à un sentiment d’impuissance comme enfant quand j’entendais des horreurs sur les miens et que je n’avais pas les armes intellectuelles pour me défendre. Je ressens de la peur. Je suis touchée/blessée intellectuellement, physiquement et émotionnellement…

Chaque (micro)agression me replonge face à tous les rejets que j’ai vécus depuis mon enfance à cause de la couleur de ma peau. Quand on m’appelait le mouton noir.  Cela me rappelle toutes les fois où comme recruteuse j’ai été confrontée à ce racisme. Comme psychologue stagiaire je l’ai vécu en étant dans des équipes majoritairement composées de blanc.he.s alors que les enfants étaient eux de toutes les origines…
Jamais. À aucun moment je ne pourrais dire quelque chose contre les blanc.he.s qui pourraient les faire se sentir comme moi. Je porte ce fardeau depuis trop longtemps… Seuls les racisé.e.s portent la charge émotionnelle du racisme. Les seules personnes qui peuvent comprendre cette infamie sont ceux qui sont marqués de la même marque… Je ne m’attends pas à ce que les blanc.he.s comprennent. Je m’attends à ce qu’ils admettent qu’ils ne comprennent pas. Là le dialogue peut s’enclencher. En attendant cela reste des monologues. NON! chers amis blancs, nous ne sommes pas pareils. Vous avez la chance de n’activer que vos neurones d’empathie quand il s’agit de racisme…. Votre empathie est limitée par le fait de n’avoir pas de zones de mémoire qui s’activent et constituent ce qu’on appelle un trauma. Nous racisé.e.s, sommes nombreux à expérimenter des syndromes de stress post-traumatiques avec une difficulté immense à trouver des psys qui peuvent admettre leur inconfort, leur inculture et leur incompréhension.
La différence entre inconfort et oppression.
Quand je parle des blanc.he.s, vous êtes inconfortables. Quand je lis sur les arabes je suis oppressée émotionnellement et opprimée. Je suis victime d’une agression… que vous puissiez tenter de nous mettre à égalité n’est qu’une façon supplémentaire de nier ma réalité… nous ne sommes pas pareils… et je ne suis pas comme vous. Le simple fait que je dise les « blanc.he.s »  semble vous faire violence. Quand je parle des blanc.he.s je ne peux que tenter de vous amener à une réflexion. Quand vous m’accusez d’être raciste vous ne faites que perpétrer l’injustice.
Le racisme n’est pas que l’hostilité. Le racisme peut être bienveillant, il peut être passif-agressif. Il peut être sournois ou discret. Le racisme est le statu quo dans notre société. Il peut être intégré par moi. Il existe à chaque fois que quelqu’un associe un élément de moi au groupe auquel j’appartiens. Le racisme existe selon une hiérarchie raciale. Nous vivons dans une culture du racisme.
J’ai développé des stratégies d’adaptation pour survivre à ce traumatisme et j’en suis consciente. Je suis résiliente comme la majorité des racisé.e.s. Je choisis de m’exprimer à voix haute pour me réapproprier mon humanité. Pour refuser la déshumanisation. Comprendre la différence c’est comprendre la notion de privilège. C’est un privilège de n’être qu’inconfortable face à une réalité qui tue certains d’entre nous. C’est un privilège de fêter Pâques en mangeant des chocolats. C’est une absence de privilège de faire le ramadan et de se cacher car tu ne veux pas entendre les remarques acerbes, pseudo-humoristiques ou passives-agressives de tes collègues…..

Nier l’impact et l’augmentation de l’islamophobie ordinaire sur nos vies quotidiennes est cruel….

Stratégies de défense ?

Vous me dites que tous les blanc.he.s ne sont pas racistes ? Mais pourquoi ne pas changer de perspective et ne pas considérer que tous les racisé.e.s peuvent témoigner du racisme qu’ils ont vécu? Pourquoi ne pas se concentrer sur nos perspectives à nous ?

Quand enfin vous m’accusez d’être d’une façon ou d’une autre responsable du racisme par mon attitude, vous ne faites que le lit de l’horreur. Le terme victimisation n’est aussi qu’un fourre-tout facile pour me faire taire… Je ne me prétends pas victime du racisme, je SUIS victime du racisme. En parler ouvertement dans une société qui valorise la pensée positive (même fausse) est une gageure.

Souvent, vous m’accusez aussi de nous *désunir*? Comment le fait de valoriser ma perspective pourrait nuire à notre relation ? Si notre *union* interraciale repose sur mon silence et le déni de ma réalité : elle ne vaut pas grand chose, non ?

Enfin, j’ai déjà eu ces discussions avec des personnes blanches des centaines de fois. Si pour vous c’est la première fois que vous avez une discussion sur le racisme avec une concernée : pourquoi ne pas juste écouter et essayer de comprendre une autre perspective ? Plutôt que tenter de vous défendre de quelque chose dont je ne vous ai pas accusé ?

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