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« Attends, ce sont tes cousins ? Mais, ils sont blancs… »

Il y a environ un mois, je célébrais les dix-huit ans de mon cousin Philippin. Je m’ennuyais vraiment de ces gros partys de famille. Il y a toujours une maison bondée de monde et plein de bonne bouffe. C’est ce que j’appelle la belle vie.

Pendant que mon père, l’unique homme blanc dans la place, s’empare du karaoké, je descends au sous-sol voir mes cousins. Comme à l’habitude, tout le monde a changé. Le p’tit bout de cinq ans a grandi de trois pieds. Mes mini cousines, qui aux dernières nouvelles ne savaient pas dire un mot, parlent maintenant français, anglais et tagalog. Et, j’allais oublier. Elles apprennent aussi l’espagnol à l’école. Évachée sur le divan, ma cousine enceinte est plus ronde qu’un melon d’eau. Et dans l’autre coin de la salle, il y a toujours quelqu’un de beaucoup trop saoul pour les vingt et une heures qui sont indiquées sur l’horloge.

Avec mon père, mon frère ainsi que ma sœur, nous sommes généralement les seules personnes de descendance québécoise dans ces rassemblements. Habituellement, je suis très à l’aise avec ça. Cette fois-ci, c’est différent. Je ne sais pas pourquoi.

Après avoir fait un tour du sous-sol, le fêté me présente à ses amis. La plupart d’entre eux fréquentent la Mission Notre-Dame-des-Philippines à Montréal, un des lieux de rassemblement de notre communauté. Pour la majorité des Philippins, la religion occupe une place importante dans leur vie. Ce n’est pas mon cas. Je ne suis pas pratiquante. Parfois, j’ai l’impression que ce manque de foi en la religion catholique est perçu comme un déni de mes racines.

Au courant de la conversation, on rit. On fait des blagues. On roast mon cousin. On le niaise sur le fait qu’il a choisi de devenir journaliste. On lui rappelle ses fails en amour. Puis, viens mon tour de partager un souvenir embarrassant de notre enfance. J’ai honnêtement rien qui me vient en tête. Cet enfant de dix-huit ans est beaucoup trop sage.

L’un de ses amis profite de ce petit moment de répit pour regarder mon frère, ma sœur et moi-même. On n’a pas l’air à notre place. On se tient awkwardly debout dans un coin de la salle ne sachant pas trop où se ranger. Avec la franchise d’un enfant ou d’une personne ivre, il demande: « attends, ce sont tes cousins? Mais ils sont blancs… ».

Mmmmmhh.

Je ne sais pas trop quoi dire. Ni quoi répondre.

Considérant qu’il est tard et que le taux d’alcoolémie du gars dépasse sans doute le point zéro huit permit pour conduire, je ne pense pas qu’il y a un fond deep à son commentaire. Pourtant, sa question me colle encore.

Suis-je devenue trop québécoise pour être considérée Philippine?

Je ne sais pas.

Je ne pense pas.

J’ai fini par lui répondre que mon père est québécois. Je lui dis en riant que c’est le white dad qui chante du ABBA sur le karaoké dans le salon depuis une heure. Il n’est pas dur à manquer.

Souvent, ce sont les personnes blanches qui sont rapides à m’affirmer québécoise niant toute complexité qui découle du métissage. À leurs yeux, je suis uniquement québécoise et sans plus. Qu’en est-t-il lorsqu’un ou des membres de ma propre communauté me nient cette même identité philippine?

Je trouve que nous avons cette fâcheuse habitude d’insérer des gens dans des boîtes. C’est là que se situe mon malaise. À la fois Québécoise et Philippine, mon identité est à géométrie variable. À l’anniversaire de mon cousin, j’étais la personne la plus québécoise dans la salle. Quelques semaines plus tard à la fête des pères, je représentais la diversité.

Lorsque notre identité est si fragmentée qu’elle se remodèle en fonction de l’environnement dans lequel on se retrouve, on ne peut que concevoir l’identité comme une quête sans fin échelonnée de repères en mouvement. C’est ce qui est arrivé à la fête à mon cousin. Mes repères avaient changés depuis la dernière fois que l’on s’était vus. Aussi quétaine que ça puisse paraître, the journey is more important than the destination.

Et toi, comment tu vis ton métissage? as-tu une anecdote? Jase-nous ça en commentaires.

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Hey c’est le 1er article de Kimberly sur la plateforme Amalgame. Tu as aimé ou pas l’article? Fais-le lui savoir 🙂 

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