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#MoiAussi j’ai été agressée sexuellement

TW : Agression Sexuelle

Depuis dimanche dernier, nous voyons défiler sur nos réseaux sociaux une vague de témoignages de personnes victimes d’agression ou d’harcèlement sexuel sous le hashtag #MeToo (#MoiAussi). C’est à l’actrice Alyssa Milano à qui l’on doit l’initiative. Sur Twitter, elle écrit sur son post: « Si vous avez été harcelée ou agressée sexuellement, écrivez moi aussi dans votre réponse à ce Tweet ». L’initiative a rencontré un formidable écho. À lire toutes ces histoires, j’ai envie de vous partager la mienne. J’ai envie de briser le silence.

Je ne pensais jamais conter cette histoire. Je ne pensais jamais la vivre non plus. Comme bien des gens, je pensais que ça n’arrivait qu’aux autres. Le viol m’a dépossédé de mon corps. C’est comme s’il ne m’appartenait plus.

Dans une auberge jeunesse sur le vieux continent, j’ai rencontré un gars. Cette soirée-là, nous étions les deux seuls à partager une chambre pour plusieurs. On jasait en défaisant nos bagages. Comme tout bon backpacker, on a fini par descendre au bar de l’auberge pour poursuivre la discussion. Nous parlions de tout et de rien autour de deux trois pichets de bière. La soirée était bien relaxe.

Je ne sais pas si c’est l’alcool ou la drogue qu’il a potentiellement mis dans mon verre, mais je n’ai aucun souvenir de la façon dont je suis remontée à l’étage. Je ne comprends pas. Nous étions au bar en train de discuter. Et puis, j’ai perdu la mémoire. Je me suis réveillée et j’étais dans ma chambre. Il m’embrassait. J’étais sans chandail et sans brassière alors qu’il était encore tout habillé.

Je ne savais pas et je ne sais toujours pas comment je suis arrivée là. J’étais mal à l’aise. Mentalement, je n’étais pas assez « là » pour lui dire non. J’ai fini par rassembler les mots pour lui dire d’arrêter. Il n’a pas compris. Il m’a juste répondu « pourquoi ? »

Pourquoi, c’est la réponse que j’ai envie de lui lancer. Pourquoi te sentais-tu légitime de me violer ?

C’est dégueulasse à dire, mais le pire dans cette agression sexuelle, ce n’était pas l’acte même. Le pire, c’était d’être confronté à mon propre jugement et aux jugements des autres. On banalise l’expérience. On ne se croit pas. Les autres n’y croit pas non plus.

Vivre avec l’agression sexuelle m’a forcé à développer des mécanismes pour préserver le peu de dignité qui me restait en moi. Et ces mécanismes, je m’en sers à tous les jours.

Aujourd’hui, j’ai beaucoup de difficulté à trouver plaisir à sortir au bar ou au club. Je ne peux pas m’empêcher d’imaginer combien de personnes dans la salle ont déjà violé quelqu’un. Je ne peux pas m’éviter d’imaginer non plus combien de personnes se feront agresser le soir même à l’endroit même où je me retrouve.

Même avec mes bons amis gars, je me pose la question. Si je pars en voyage avec eux, est-ce que je peux leur faire confiance ? J’ose croire que oui, mais… on ne sait jamais.

L’on dit qu’il faut croire les survivantes. Mais, je ne crois pas que c’est suffisant. Il faut comprendre. Il faut saisir comment ces expériences façonnent notre quotidien et nous pousse à garder le silence. Certes, croire c’est une première étape. Il en faudra bien plus pour démanteler cette culture du viol.

À tous mes frères et sœurs qui ne souhaitent pas partager leur histoire, tenons-nous en solidarité. Ce n’est pas parce qu’on qualifie de brave ceux et celles qui partagent publiquement leurs expériences que nous le sommes moins. De multiples raisons justifient ces choix et ce sont les mêmes raisons qui me poussent à écrire sous l’anonymat.

J’ai envie de vous dire une chose. Je vous crois et je vous aime. Vos expériences sont aussi importantes que celles des personnes qui les partagent publiquement. Vos sentiments, on les prend au sérieux. Il faut se soutenir dans tout ça. Partageons nos histoires, nos misères et nos réussites. Partageons notre solidarité.

Ah, pis j’allais oublier,fuck you.

Par: La grande famille Amalgame

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l’équipe d’amalgame tiens à faire connaître l’origine du mouvement #MeToo. Le mouvement a été lancé en 2007 par Tarana Burke, une femme noire activiste travaillant en lien étroit avec les communautés marginalisées dans le sud des États-Unis. Cette femme fait un travail colossal et continuera après lorsque les spotlights ne seront plus sur le mouvement.

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