Amalgame

Levons le tabou du racisme anti-noir-e-s dans les communautés maghrébine.

Je fais le choix ici de ne pas jouer la carte de la fragilité  » maghrébine, africaine du nord ». C’est drôle… cette distinction que font souvent ces héritières (que je suis) et héritiers  de l’immigration, marocaine, algérienne , tunisienne, libyenne, égyptienne. Mentionnons…Que dis-je ?! … précisons ! que nous sommes africain-e-s, mais du NORD…d’en haut …au dessus du reste… du reste de L’Afrique.

Disons le haut et fort, cette précision est une volonté pour la plupart de ces sociétés, de certains groupes d’individus de dire, qu’ils-elles ne peuvent pas et ne sont pas comparables aux personnes racialisées noires !

Mais il faut le dire,  il existe, à l’intérieur de ces différentes sphères, un racisme anti-noir criant …De paroles oppressives cachées sous le masque de l’humour, à la concrétisation de comportements racistes….Des micro-agressions quotidiennes, exercé-e-s par certain-e-s issu-e-s de la diaspora ou heritiers-ières de l’immigration maghrébine telles que: «  hey Abdel le noir ,»,«  elle fréquente un noir » « khelouch » etc… Mais aussi, au sein même de ces sociétés:  rappelons les agressions aux couteaux contre des étudiant-es congolais-es en Tunisie en décembre 2016, les déferlements de propos racistes tenus durant la CAN 2017, les transports ségrégationnistes en Algérie ,… les exemples ne manquent malheureusement pas.

Bref, comment dire que je suis à la fois attristée, mais pas forcément surprise de ces atrocités , de ce neo-esclavagisme  ! Qui prend plusieurs formes tant en Mauritanie , qu’en Libye jusque dans les pays arabos-musulmans. Comme le précisait l’éloquente Idil Oumalker Kalif ayant pris la parole lors de la manifestation contre l’esclavage du 18 novembre 2017,  ce n’est  pas l’islam qui a un problème avec les personnes racialisées noires, mais ce sont les comportements de personnes qui en ont crée*.  L’amalgame n’est pas à faire ici. En effet, comme l’affirme l’auteur Tidiane N’daye :

« la plupart des millions dhommes quils ont déportés, ont presque tous disparu du fait des traitements inhumains, de l’infanticide et de la castration généralisée, pour quils ne fassent pas souche dans le monde arabo-musulman. Il faut dire qu’à partir du moment où l’Afrique noire devenait leur principale source dapprovisionnement en esclaves, dans linconscient collectif des Arabes, lhomme noir devenait aussi symbole ou synonyme de servitude. Et sa couleur de peau sera même associée à un déni dislam. Alors que cette religion comme toutes les autres, a hérité du joug de lesclavage. Et si l’islam tolérait, voire recommandait lasservissement de non convertis, il na jamais clairement ciblé les peuples noirs comme particulièrement prédestinés à l’asservissement. Mais des érudits respectés et très écoutés dans le monde arabe, allaient interpréter les textes sacrés, pour justifier et perpétuer la traite et lesclavage des Noirs. Ainsi bien avant que les chercheurs européens de lanthropologie physique n’élaborent au 19ème siècle les théories raciales fantaisistes que lon sait, dans le monde arabe on avait déjà figé dans le temps et de manière presque irréversible l’infériorité de lhomme noir. Ce qui explique sans doute que les traitements inhumains et la mutilation généralisée des captifs noirs étaient acceptés et passaient pour un moyen commode pour empêcher que ces « animaux » ne prolifèrent sur leurs lieux de déportation. Le résultat est que de nos jours, ils ont presque tous disparu en Turquie, au Yémen, en Irak et on en trouve très peu au Maghreb ou en Arabie Saoudite. »**

Ainsi donc, ce racisme est latent, il est inscrit dans une histoire. Oui ! « l’Afrique du Nord » le monde arabo-musulman, ont participé et élaboré des systèmes esclavagistes desquels découlent des rapports de dominations systémiques. Et malheureusement, le racisme que nous subissons- en tant que personnes racialisées- sous différentes manières- nous le reproduisons à une échelle plus cruelle et insidieuse. Puisqu’en nous cachant derrière cette volonté commune de défaire les oppressions issues des sociétés « occidentales », nous nous aveuglons sur celles que nous mêmes reconduisons et alimentons.

Mais nous ne pouvons plus nous permettre de perpétuer cet aveuglement. Car, parmi d’autres faits, c’est bien ce racisme qui est venu justifier dans la tête (sans humanité) de ces gens, ces actes horribles ! Il ne faut surtout pas croire que ces pensées sont loin de nous… Bien sur le cas de la Libye est particulier , dépossédée de ses richesses , meurtrie , mais ça ne justifiera jamais ces actes.

Il semble urgent qu’un travail de remise en question, sur des oppressions que nous subissons et que nous faisons subir, se fasse…que ce soit à l’intérieur de ces sociétés, dans la diaspora et parmi les heritiers-tières de l’immigration. Nous voulons nous défère de ces sociétés patriarcales neo-libérales racistes et néo-coloniales? Alors, Regardons nous dans un miroir, et démantelons tous ces systèmes que nous perpétuons  envers les personnes racialisées noires, ce sera déjà une première belle pierre à poser à la déconstruction de ces sociétés !

Arrêtons l’hypocrisie, et travaillons un peu sur nous mêmes. Eduquons-nous en levant ce tabou, et démontrons que nous pouvons être des véritables allié-e-s…

Bref, en gros ne dénonçons pas le racisme que nous sommes, nous-mêmes, entrain de reproduire… travaillons sur nous… luttons ensemble …et faisons de nous des personnes en dehors de tout paradoxes oppressifs !

ps:  cet article est là pour assumer ma responsabilité et reconnaitre  l’existence de rapports racistes à l’intérieur de groupes d’individus racialisés…il est  je l’espère  un acte d’allié! Par ailleurs, je tiens à préciser que je ne fais pas l’impasse des résistances et des actes de solidarités au sein de ces différents pays, des différents groupes d’individus. Toutes les personnes issues de ces sociétés, de la diaspora, ou héritiers-tières de l’immigration ne sont pas racistes , certain-e-s défendent et combattent ces comportements. Il reste toutefois que dans ces systèmes racistes anti-noir-e-s dans lesquelles nous nous trouvons, nous bénéficions d’avantages et de privilèges qu’ils nous faut trahir. Je dénonce également les ingérences néo-coloniales de pays occidentaux, mais aussi la complicité de certains gouvernements africains.

Par Sonia Alimi,  personne héritière  de l’immigration  africaine  tunisienne,  qui espère une réelle solidarité entre les différents peuples et  une convergence des luttes concrète.

*Ce ne sont pas ses termes précis, ma compréhension est donc sujette à interprétation

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